Lettre ouverte à la Ligue des Droits de l'Homme et à la Ligue voor Mensenrechten.

Le mouvement des « indignés », plus spécifiquement à l’encontre de Wallstreet et des (grandes) banques ne peut laisser vos associations indifférentes. Il ne s’agit pas de prendre position contre le capitalisme, contre les banquiers et autres traders à haute fréquence. Il s’agit de mettre le haut-là au abus de droits commis par une toute petite minorité de gestionnaires financiers occupant une position stratégique au sein d’importants établissements financiers (la haute direction, les dirigeants de la trésorerie et des services d’arbitrage) qui sont souvent à l’origine des crises économiques que connaît le monde occidental depuis qu’y est implantée l’économie de marché.

En effet, les grandes institutions financières (Banques, Compagnies d’assurances) ont de tout temps cherché - la notion de taille doit être relativisée selon l’époque -   à grandir et à détenir une part croissante du marché. Or, contrairement aux institutions locales de moyenne importance, dirigées habituellement par des « patrons » propriétaires de leur entreprise, les « grands » établissements sont mus par des cadres dirigeants soucieux principalement par la croissance de l’entreprise.   D’où l’exaltation en interne de la valorisation des actifs, les leurs, mais aussi ceux de leurs clients. Conséquence : un accroissement potentiel des crédits et donc de l’endettement des parties en cause. Et ce, jusqu’au moment où l’engouement s’essouffle et que les valorisations sont remises en question. La bulle éclate et nous voilà plongé dans une crise, car des institutions financières et certains de leurs clients ne sont plus à même de faire face à leurs engagements. 

C’est navrant de constater que nous avons à faire ici à une élite intellectuelle de notre société. Comment des financiers bardés de diplômes, voire des Prix Nobel, ont-ils pu se laisser égarer d’une façon quasi inconsciente en prenant des engagements à très haut risque ? Le banquier traditionnel savait « jusqu’où ne pas aller trop loin », mesurait le risque de tout crédit octroyé à un de ses clients.   Il veillait à sécuriser tout placement temporaire de ses fonds propres. Les dirigeants des grandes institutions jonglent de nos jours avec les milliards et des dizaines de milliards. C’est du reste, l’un des facteurs aggravants des crises actuelles : la nouvelle technologie informatique permet de traiter un volume démentiel d’opérations de plus en plus sophistiquées dans un laps de temps infinitésimal, lesquelles dégagent des bénéfices colossaux tant que les marchés sont favorables, mais aussi des pertes colossales lorsqu’ils ne le sont plus. Le financier d’aujourd’hui est plus un informaticien ou un mathématicien de haut vol - Français de préférence - qu’un économiste ou un financier de formation expérimenté.

Dans ces conditions, il appartient à vos associations de prendre position, car les droits fondamentaux de nos citoyens, épargnants, pensionnés, rentiers, investisseurs sont bafoués allègrement par le comportement finalement irresponsable des dirigeants d’institutions qui sont supposés assurer malgré tout un service public (l’émission de la monnaie relève de pouvoirs régaliens de l’Etat). Notre site a à plusieurs reprises abordé ce problème et dernièrement dans deux notes : « la responsabilité du banquier » et «l’appât du gain, une faiblesse que de trop nombreuses institutions financières ont de la peine à contenir ».

L’abus du droit (de propriété) en l’occurrence, ne se limite pas aux dérapages opérationnels précités, mais aussi à l’opacité des dites opérations, à la dissimulation de certaines données, aux maquillages de certains résultats, etc.etc. Or, le « mur de l’argent » demeure inébranlable dans la plupart des pays. Même, lorsque l’entreprise enregistre des pertes, le Conseil d’Administration distribue des bonus, et pas des moindres. L’on peut également se demander si les émoluments accordés aux administrateurs de ces sociétés sont toujours justifiés. Enfin, l’on peut s’étonner que les organes de contrôle « détectent » rarement les manquements commis par la direction et que celle-ci ne soit rarement mise en cause. Qui a crié gare lorsque Dexia - un exemple parmi d’autres - révéla un poste d’actifs toxiques de quelque € 90 milliards, l’équivalent du quart de PNB de la Belgique ?

Aux Etats-Unis, des sanctions commencent à être prises (dans l’affaire Enron, Bank of America, J.P. Morgan, Wells Fargo, Ally Bank, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citigroup et quelques banques étrangères). Ce qui n’a pas empêché l’avènement récent du mouvement anti Wallstreet «(« Occupy Wallstreet »). Ce serait non sans intérêt que vos associations encouragent un tel mouvement chez nous. Ce serait l’occasion de recruter de nouveaux membres, car vous vous portez à la défense des droits de propriété de Monsieur Toutlemonde. Ce serait également l’occasion rêvée de montrer que vos associations ne sont pas nécessairement à Gauche. En vérité, une ligue des droits de l’Homme est présumée n’être ni de gauche, ni de droite.

 

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