La légitimité de la fonction d'un chef d'état héréditaire.

Sous tous les régimes héréditaires, se sont constitués des mouvements hostiles aux chefs d’états élus et qui dénoncent le caractère arbitraire et aléatoire de la succession.

Si un tel reproche pouvait se justifier sous les régimes autoritaires qui sévissent encore fin du XIXème siècle et au début de XXème siècle, l’encadrement subtil actuel de la fonction réduit fortement le pouvoir détenu par ces mêmes chefs d’état.  Le règne record de la reine Elisabeth II le témoigne.  Les règles auxquelles elles furent soumises,  sont devenues très strictes.  Elles sont de 3 ordres :

  1. En période normale, elle exerce deux missions :
    1. celle de conseiller le Premier Ministre – d’où aussi le Gouvernement – lors des entretiens réguliers en principe hebdomadaire.  Ce seront des conseils formulés avec beaucoup de doigté, car le chef de l’état incarne également la nation
    2. celle de nommer le Premier Ministre, quoique ce choix lui soit imposé par les résultats des élections.  Or, en Grande-Bretagne, c’est le bipartisme « conservateur-labour » qui dégage une majorité de l’un ou de l’autre parti.  De temps à autre, un troisième parti apparait, mais il fait rarement le poids et disparait de la scène politique peu après.
  2. Le scénario peut se compliquer si la majorité parlementaire conteste son premier ministre, comme ce fut le cas peu avant la première guerre mondiale avec Chamberlin.  A l’époque, régnait le Roi George VI, qui fut amené à réclamer le départ de celui-ci et son remplacement par Winston Churchill, qui avait organisé un contre-pouvoir agressif contre les régimes d’extrême droite en Europe.  C’était un choix risqué, mais qui vu les circonstances du moment, s’imposait.  Le pouvoir d’un chef d’Etat héréditaire n’est donc pas vide de tous sens et se manifeste sous des angles divers en cas de crise gouvernementale.

L’on constate qu’après 63 ans de règne,  la Reine Elisabeth II n’a commis aucun grand impair, apparemment, sauf lors du décès accidentel de l’ex-princesse Diana sous le prétexte discutable que la mère des deux héritiers du Royaume avait divorcé du Prince Charles.  Elle avait négligé de commémorer le décès, alors que l’opinion publique s’était passionnée pour payer ses respects à la défunte.  Après moult hésitations, la Reine assista tout de même aux funérailles et s’y signala en effectuant un geste de contrition qui n’échappa à personne.

La Reine a encore défi d’autres tabous.  On sait qu’un chef d’Etat britannique ne se déplace jamais à l’occasion d’un décès,  à moins que le défunt soit un proche de la famille royale.  Or, Elisabeth II se déplaça exceptionnellement à l’occasion du deuil de notre souverain Baudouin I.

En résumé, l’on pourrait affirmer qu’Elisabeth II a été un exemple pour la plupart des chefs d’Etat héréditaires.  En fait, le modèle d’un chef d’Etat parlementaire, respectueux des lois fondamentales qui ont été consacrées dans la plupart des pays démocratiques, à tout le moins sur le continent européen.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir