De la responsabilité du banquier.

L’on a quelque peu oublié que la monnaie, le commerce de l’argent et l’octroi de crédits ne constituent pas un métier comme un autre. Ils procèdent d’une activité d’intérêt général, cd. d’intérêt public qui postule une certaine régulation.

Pour d’aucuns - l’extrême gauche - les institutions financières devraient être nationalisées. L’expérience de l’après-guerre de cette mesure n’a guère été convaincante. Il suffit de songer aux scandales du Crédit Lyonnais. De toute évidence, un organisme peut assumer des missions d’intérêt général. Un service public peut être mis en œuvre par une société privée sous la tutelle de l’Etat.

Dès lors, on comprend mal que les autorités appréhendent de contraindre les établissements bancaires à respecter certaines règles qui peuvent circonscrire les risques du commerce de l’argent, d’autant plus qu’avec l’évolution des technologies nouvelles, la mondialisation et le flux « trimensionnel », quasi incontrôlable des liquidités de par le monde, incitent les intermédiaires à exploiter au maximum les transactions basées sur des opérations dérivées de plus en plus sophistiqués, comme l’atteste l’accident récent survenu à l’UBS suite à des opérations non autorisées exécutées par un trader de 31 ans dont la formation est essentiellement la « computer science » :

- La moitié des gains réalisés par ces institutions est imputable à ces opérations dites spéculatives
- La grande difficulté de contrôler pareilles opérations dont les plupart sont actuellement « high frequency »
- l’ utilisation des fonds prêtés à des taux réduits (+/- 1 %) par les banques centrales, détournés de leur objet principal par les banques bénéficiaires (le crédit), afin d’exploiter le filou de la spéculation
- la mobilisation des fonds propres, supposés garantir les dépôts et amortir les pertes effectives sur un certains nombres de prêts, pour privilégier les opérations spéculatives précitées.

Grief aggravant : vu les résultats obtenus, les dirigeants des établissements financiers s’octroient des bonus qui choquent l’opinion publique et qui ne tiennent compte, ni des pertes accumulées précédemment, ni de celles à venir. Or, les gains déclarés sont le fait de la spéculation.  D’autres qualifieraient de telles gesticulations « dignes d’un casino ».

B.T.T. n’a cessé de mettre en garde contre pareil comportement dans le chef de nos institutions financières, à tout le moins celles qui reçoivent et font fructifiés l’épargne raisonnablement (banques, caisses d’épargne et compagnies d’assurances). Ces institutions ne pourraient « spéculer » avec leurs fonds propres, voire avec ceux de leurs déposants. Si une institution financière envisage d’effectuer des opérations spéculatives au-delà d’un seuil proportionné à ses moyens propres, elle doit le faire « ailleurs » (un établissement distinct déconnecté ou à travers un organisme tiers, tel un hedge fund).

En outre, les établissements financiers traditionnels sont régis par toute une série de lois et par un contrôle prudentiel de plus en plus sévère. L’on peut s’attendre à ce qu’ils respectent les obligations qui leur sont imposés. Ce qui est inquiétant c’est que des banques aussi prestigieuses que la Société Générale et l’UBS sont appelées à reconnaître des « dérapages » de x milliards d’euros ou de dollars, suite à des opérations d’arbitrage non autorisées qui se sont soldés par une perte. Par contre, l’on ne révèle pas les opérations, soi-disant non autorisées, qui ont dégagé un gain ! Avec les technologies modernes, il devrait être impossible de procéder à des transactions portant sur des milliards d’euros ou de dollars sans laisser de traces ! L’affaire Kerviel à la Société Générale a démontré que la hiérarchie était ou devait être au courant.

Ceci dit, l’institution financière qui fait perdre x milliards à ses actionnaires et qui, au surplus, est appelée à faire appel au gouvernement, donc aux contribuables, pour être renflouée à coût de milliards, doit être sanctionnée. Non seulement l’institution, mais aussi les dirigeants responsables des « accidents » précités : notamment du chef de négligence grave ou d’imprévoyance ou encore de légèreté dans l’exercice de leur responsabilité. (1)   Il est tout de même « incroyable » que la première banque française, la BNP-Paribas, avoue ne pas connaître exactement ses engagements vis-à-vis de la Grèce !!! Une institution connue pour sa rigueur comptable.

Ce n’est d’ailleurs qu’en prenant conscience que le banquier (ou cadre dirigeant d’une institution financière) assume personnellement une responsabilité lors d’un incident d’une réelle gravité, qu’il veillera à ne pas s’engager dans des voies hasardeuses, incompatibles d’ailleurs avec une bonne gestion de la société qui l’emploie. Une économie de marché est loin d’être parfaite. La liberté confiée à tout intervenant actif est compensée par sa responsabilité, cd. le prix à payer pour tout dommage causé intentionnellement ou non à des tiers. S’il est bon d’assainir le marché « normal », il est non moins approprié de prévoir des sanctions sévères pour ceux qui n’ont pas respectés les normes qui le régissent.

----------------- 

(1) Les Etats-Unis sont à ce jour le seul Etat qui a décidé de poursuivre également les dirigeants responsables des institutions financières qui ont fait « perdre de l’argent »à la collectivité. C’est la SEC qui s’est chargée de cette mission.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir