La faillite de la gestion de fortune, alias la gestion de portefeuille ?

Tel est le titre d’un éditorial d’une « News Letter » d’une société de bourse. Et, en effet, on peut l’évoquer, lorsqu’on apprend  que :

  • la quasi-faillite de Merrill Lynch en 2008, le courtier boursier le plus important au monde à l’époque, et qui fut racheté par la Bank of America
  • La Bank of America cède son département de gestion de fortune aux dirigeants de celle-ci
  • l’Unicrédit, l’une des principales banques italiennes a décidé de ne plus traiter des valeurs occidentales
  • Goldman Sachs annonce avoir perdu en moyenne $ 100 millions par jour durant 21 jours en octobre dernier
  • les obligations ont pour la première fois, depuis que les places boursières existent, mieux performé que les actions
  • le Nasdaq qui dépassa l’indice de 5000 points en l’an 2000 cote actuellement à quelque 2.200
  • la plupart des indices boursiers des pays non-émergents fluctuent à des cours inférieurs à ceux d’il y a 20 ans

Il est vrai que la gestion de fortune n’a jamais été dans l’ensemble un secteur florissant pour l’investisseur ou l’épargnant, hormis quelques périodes « glorieuses ». Pour réussir il faut anticiper, ce qui postule un travail d’analyse laborieux à titre individuel et onéreux pour les intermédiaires financiers. Au surplus, il faut avoir le « nez fin », ce qui requiert une certaine expérience. A quoi, s’ajoutent les frais : courtage, droits de garde, commission de gestion et pour les fonds des droits d’entrée et de sortie sauf exceptions.

D’où les résultats plutôt médiocres dans la majorité des cas, aggravés par les situations de conflits d’intérêts, surtout en gestion discrétionnaire. Le fait que la plupart des institutions financières ont crée leur fonds maison (il y a deux fois plus de fonds que de titres cotés !) et que dans certains cas, des banques   - et parmi les plus en vue - se font payer des commissions pour conseiller une action déterminée à leur clientèle, ce qui ne renforcent pas l’image du secteur financier. On sait aussi que la gestion discrétionnaire permet de se débarrasser des rebuts (une émission ou une introduction boursière qui ne « marche » pas), etc. etc.

Finalement, tous ces avatars sont connus de longue date et n’ont pas empêché la profusion de la gestion de fortune, plus particulièrement dans les pays qui bénéficiaient de régimes fiscaux préférentiels, parfois même en taxant l’importation de capitaux, comme le fit la Suisse naguère.

Ce qui s’est passé depuis le début de ce siècle et ce qui se passe actuellement est plus déroutant que jamais. Le sentiment qui prédomine est une sorte de panique quant au point de savoir si l’on peut encore espérer sauvegarder son patrimoine en valeurs mobilières. Sauf apocalypse, l’être humain où qu’il soit et quelque soit le régime politique continuera à épargner et/ou rechercher à optimiser ses potentialités de gain. La question qui se pose désormais, comment réaliser l’un et/ou l’autre en minimisant les risques. Car, placer son argent sans risque est illusoire. En économie, l’on peut limiter les risques, non les éliminer.

Que faire ? Bien entendu, chacun d’entre nous, chaque foyer, chaque famille connaît des préoccupations propres qui, du reste, évoluent avec le temps (l’âge, des circonstances nouvelles, etc). Dès lors, notre analyse doit s’intégrer dans le contexte global d’un moment ou d’une période donné :

1.  Placements à risques faibles et en principe dont le rendement est faible ou nul

  1. a)compte d’épargne ouvert par un particulier auprès d’institutions bénéficiant de la garantie d’Etat (€ 100.000 en Belgique)
  2. b)détention d’objets de: métaux précieux (de préférence des lingots d’or et de pièces d’or cotés, moyennant toutefois certaines précautions pour une valeur ne dépassant pas les 15 % du portefeuille).

2.  Placements à risques devenus élevés vu la volatilité des marchés, donc à éviter.

  1. a)les actions (même les valeurs de père de famille « se cassent la»)
  2. b)les obligations émises par le secteur privé qui subissent le plus souvent un sort similaire à celui de l’action de la société émettrice (« junk»)
  3. c)les obligations émises par le secteur public europé: elles sont plutôt malmenées depuis cet été

3.  Placements à risques élevés par nature

a)  fonds et sicavs qui d’une manière générale « » le marché
b)  hedge funds utilisés par un non-: risque important de faillite
c)  opérations « dérivé» : à réserver uniquement à des professionnels et investisseurs très avertis (devises, options, CDS, etc.)
d)  opérations en matières premiè: 80 % d’échecs statistiquement !

Néanmoins, certains intermédiaires - et ils ne sont pas nombreux - sont parvenus à créer un département en gestion de fortune, dirigé par des économistes pondérés, consciencieux et sages qui ont pu « naviguer » sans trop de mal à travers les vents décapants des marchés. Ce sont les fonds qui ont obtenu un « award » (un trophée) et parmi ceux-ci la Banque de Luxembourg s’est distinguée.

4.  Placements immobiliers. Il y a des personnes qui ne jurent que par les placements immobiliers. Il est vrai que notre pays est l’un des plus privilégiés à cet égard, mais le risque (de chute des prix, de retournement de conjoncture, d’une fiscalité nouvelle) n’est pas absent. Quant à la conjoncture dans notre:

ü  le marché revêt un caractère local. Pendant au moins 10 ans la Wallonie est restée à la traine.

ü  le marché est segmenté : les centres commerciaux ont eu la vie dure depuis le début de ce siècle. Le compartiment des bureaux souffre actuellement encore davantage

ü  la législation de moins en moins favorable pour les propriétaires de biens résidentiels a généré une aversion pour ce secteur.

Ceci étant dit, pour certains réaliser une « belle affaire » est toujours possible. Il faut de la patience certes, du « flair » et un petit peu de chance.

5.  Placements alternatifs (objets d’art, objets de collection, pierres précieuses, etc.). Les risques sont importants, car nous sommes en présence d’objets qui ne se traitent pas sur un marché structuré. Les « » salles de vente sont la plate forme la moins décriée pour une opération d’achat ou de vente en objets d’art. En sus, il faut s’y connaître. Seuls des objets de très bonne qualité, d’origine incontestée et non frelatés pourront être revendus avec l’espoir d’une appréciation en prix constants après les avoir détenus au moins une dizaine d’années, vu la marge élevée à l’achat et à la vente (minimum 25%).

 

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L’inventaire ci-avant montre que l’épargnant-investisseur peut encore « s’en sortir » sans trop de difficultés de l’impasse survenue sur les marchés depuis un certain temps. Le gros problème réside dans la restructuration de son portefeuille. Une restructuration qui ne doit pas trop pénaliser le détenteur du portefeuille. Prenez votre temps : « Festina Lente ».

 

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