La gestion du patrimoine revisitée

La gestion du patrimoine préoccupe un nombre croissant d’épargnants et d’investisseurs.  Aussi avons-nous tenté de faire le point de la problématique.
A. La crise de 2008
La crise de 2008 avait surpris « tout le monde »,   même ceux qui en avaient perçu les signes avant-coureurs. Sauf rares exceptions, on les avait ignorées, aveuglés qu’étaient les analystes par l’effet d’entrainement de la hausse boursière du moment.  B.T.T. avait recommandé cependant au début de l’été 2008 de se méfier des marchés boursiers sur base de l’annonce d’une provision de $ 10 milliards par la banque HSBC d’une part et de la suspension de cotation de certains fonds gérés par le groupe BNP Paribas d’autre part.  Au surplus, les marchés étaient devenus de plus en plus fébriles, ce qui nous avait amenés à adopter une position équivalente à celle d’octobre 1987, lorsque nous avions conseillé de ne garder que les valeurs aurifères en portefeuille (ce qui s’était avéré encore de trop).
Le dépôt de bilan, le 15 septembre 2008 par Lehman Brothers paralysa en quelques jours le système financier à l’échelle mondiale.  Devant cette situation inédite, les banques centrales durent se résoudre à injecter des dizaines de milliards dans les circuits monétaires, afin d’insuffler auprès des établissements bancaires un retour à un certain degré de résilience.  Car, tout le système bancaire avait été fragilisé.  L’Etat fut contraint de racheter plusieurs des banques les plus renommées, comme  la «Fortis Banque» et la « Royal Bank of Scotland »  par une banque concurrente.  Des dizaines d’établissements financiers furent ainsi « sauvés »  de justesse de la faillite pure et simple.
Y avait-il une alternative ?  Sans doute, pas.  La crise avait pris une telle ampleur que seuls des remèdes de cheval pouvaient éviter que ne sombrasse l’économie, à tout le moins en Occident.  Après coup, l’on est en droit de constater que l’approche des banques centrales a été la bonne, même si la Grèce et Chypre nous ont causé, par la suite,  des sueurs froides vu les subterfuges détectées bien plus tard.  Quoi qu’il en soit, nous sommes finalement sortis de la crise,  en permettant aux banques de trouver une nouvelle santé à la faveur d’une politique monétaire assortie de taux d’intérêt extrêmement bas.
 
B. L’après-crise
Le gestionnaire – et le particulier actif – est confronté depuis peu à une panoplie de constats peu usuels :
1.des taux d’intérêts proches de zéro et particulièrement faibles pour des obligations à moyen et longs termes (5 à 10 ans)
2.un marché de l’or fluctuant dans des marges étroites après avoir chuté de 30 %
3.un marché des matières premières plus ou moins figé, si on exclut le pétrole
4.un marché d’actions dont une moitié des valeurs ne « fait rien » et une autre qui nous réserve des surprises (dans les 2 sens)
5.un marché d’opérations dérivées en pleine expansion,  lequel autorise les institutions financières,  en particulier les « equity funds » et les « hedge funds »,  de dégager de plantureux  profits  - ou pertes -  en prenant cependant des risques qu’ils n’ont pas toujours prévus.
 
C.  Le diagnostic de base
Plusieurs directives européennes imposent aux intermédiaires financiers l’obligation de « connaître » le profil de leurs clients.  Il s’agit des directives Mifid qui énumèrent un ensemble de critères qui permettent aux professionnels de la branche d’évaluer le degré de connaissance financière des personnes qui les consultent.   Une excellente initiative qui mérite d’être appliquée cependant avec beaucoup de soin. Ce qui est rarement le cas malheureusement.  De plus, pour être d’une certaine utilité, l’investisseur-épargnant est tenu de communiquer l’ensemble de ses actifs, ce que peu d’entre eux acceptent de faire spontanément.  Enfin,  il importe de connaître le comportement psychologique de l’investisseur :  « ne perd-il par le nord » à la moindre mauvaise nouvelle ou a-t-il le sommeil facile on non, car en dernière analyse, le bon conseiller financier doit s’efforcer de proposer  une politique qui tend à apaiser le client.
 
Le diagnostic est donc une pièce maitresse dans la mise au point d’une stratégie d’investissement.  Notre expérience qui remonte aux années septante, comportait les démarches suivantes :
(1) un entretien de 2 heures ou 2 fois 2 heures appuyé par un questionnaire ad hoc
(2) un premier rapport esquissant les propositions de base, à l’issue duquel nous recommandions de ne rien faire sans avoir pris contact au préalable avec ses conseillers habituels
(3)  un réexamen des dites propositions à la lumière des objections de ces derniers
(4)  l’établissement d’une coopération triangulaire avec l’investisseur et ses conseillers
(5)  un rapport trimestriel de gestion avec l’exposé des résultats et les propositions futures (en 2 pages)
(6)  suivi généralement d’un entretien durant lequel on passait en revue les propositions ci-avant.
 
Notre méthodologie a été performante, dans ce sens que le centre d’étude et de recherche  qui la pratiquait n’a guère perdu de clients.
C’était une approche « haut de gamme » qui a malheureusement disparu aujourd’hui au profit de la gestion discrétionnaire via des fonds.  Seuls quelques clients privilégiés bénéficient encore d’un service approfondi, qualifié de « family office », un service qui examine aussi les problèmes liés à une succession,  un divorce ou une transmission d’entreprise,  compte tenu de leurs aspects fiscaux.
 
D.  Que peut espérer un investisseur ou un épargnant « prudent », cd. « quelqu’un qui ne doit pas se croire être plus malin que les marchés ? »
Avant tout,  il lui appartient, soit lui-même, soit assisté par un professionnel de la branche, à adopter une politique bien définie au départ : 
a)  limiter le nombre de positions.  Si on désire en acquérir une nouvelle, ne le faire qu’après en avoir vendu une autre.  Leur nombre ne doit pas dépasser le chiffre de 15, afin de pouvoir suivre chacun d’entre elles  « convenablement ».  A titre d’exemple, nous répartirions ces valeurs de la façon suivante pour un investisseur domicilié en Belgique :
   *  Belgique : 3
   *  Reste de l’Europe : 7
   *  Etats-Unis : 5
 
A la limite, on peut panacher ce portefeuille avec un titre japonais, chinois (Hong Kong), australien ou coté à Singapour (Londres).  Si l’on veut – et peut (intellectuellement) – opérer sur le marchés des matières premières, n’opter que pour une seule transaction à la fois en prenant toujours une position  à « long terme » (sur ce marché, le « long terme » signifie 6 à 12 mois).
Enfin, le marché des dérivés est avant tout un marché de professionnels.  Ne l’abordez jamais sans être conseillé au préalable par un intermédiaire compétent et réputé intègre.
 
E. A quelles critères faire appel ?
a.Il y a une « foule » de formules que l’on peut utiliser.  Malheureusement, elles sont de fait pour la plupart décevantes à plus ou moins long terme.  L’une des raisons en est que toute formule privilégie un nombre de facteurs, mais en omet certains qui à un moment prennent le dessus et qui dès lors, annihilent les attentes de l’investisseur.  Un exemple que l’on cite volontiers est le cas du « Moneytron » de Jean-Pierre Van Rossem.   La chute inattendue de 500 points le 19 octobre 1987, nommé « lundi noir »,  a globalement ébranlé son système soi-disant infaillible.
 
b.Pour le  « petit » épargnant-investisseur disposant d’actifs estimés à moins de 200.000 €, nous ne conseillons que les fonds indiciels pour la partie non consacrée à des valeurs à revenu fixe (compte d’épargne, bons de caisse, obligations ordinaires).  De préférence, le DIJA américain et le DAX allemand.  Mais, attention : il y a lieu de « prendre son bénéfice » à l’approche d’un changement de cycle conjoncturel.
 
c.Pour les plus gros investisseurs, l’on peut se constituer un portefeuille composé soit d’une quinzaine de valeurs, comme cité plus haut, soit d’un panachage d’une dizaine de valeurs avec quelques fonds indiciels, mais qui tiennent compte d’une stratégie préétablie.  Les gros investisseurs (1 million d’euros minimum) peuvent compléter leur portefeuille de quelques valeurs « spéculatives » (3 maximum), cd. des valeurs en règle générale moins importantes, mais qui pour une raison ou une autre sont prometteuses.  Elles ne doivent être conservées tout au plus que 6 mois.  A ce propos, méfiez-vous des annonces de futurs cours record.   A considérer de préférence comme un signal de vente !  Ajoutons que tant pour un cas  que pour l’autre, il y a place pour une gestion obligataire.  
i.des obligations ordinaires à sélectionner en tenant compte du taux d’intérêt, de la durée, de la devise et des conditions du remboursement
ii.des obligations convertibles et à warrant de préférence de longue durée (minimum 7 ans)
iii.des obligations assorties de toutes sortes de conditions, en général favorables à l’émetteur.  Donc, à se méfier !
 
d.Ce que l’on constate habituellement,  est que le cours d’une valeur à revenu variable (une action) dépasse le seuil normal de son évaluation « normale » lors d’une hausse (de même lors d’une baisse)
 
e.Un marché financier met en présence :
les professionnels de la branche
des milliers, voire des millions d’intervenants
des groupes de spéculateurs, outillés à cette fin
les actionnaires de référence des valeurs traitées
 
Ce qui explique que les cours sont imprévisibles, mais ce qui n’exclut aucunement que l’investisseur doive négliger l’analyse d’une valeur en fonction des perspectives conjoncturelles du marché (analyse fondamentale et analyse technique).
 
f.Deux comportements à éviter, à moins d’être exceptionnellement doué
 
•la spéculation.  Certes, toute activité économique peut être qualifiée de spéculative, puisqu’on opère dans le futur.  D’où un risque.   Néanmoins, il y a risque et risque.  Dans la plupart des cas de figure, le risque est limité.  Mais, opérer à crédit, par exemple,  peut multiplier sensiblement le risque.  S’appesantir sur des transactions à très court terme pose non seulement des problèmes d’organisation du suivi, mais augmente une fois encore l’ampleur des risques courus. En cas d’une réelle opération spéculative, le risque d’une moins-value est multiplié au même titre que le potentiel des gains, le principe étant « tout ou rien ».  Si un investisseur est tenté par le jeu   -   « jouer en bourse »  -  nous conseillons de limiter le nombre de positions (3 maximum) et de les suivre de très près journellement ou plusieurs fois par semaine si possible.  L’une des précautions à envisager par l’intervenant spéculateur est de veiller à se doter d’une seconde ligne de défense au cas où l’enjeu se retourne contre lui.
•autre écueil à éviter : s’enliser sur des actions encadrées.  Or, la moitié des valeurs stagne, car pour une raison ou pour une autre, les actionnaires de référence ne désirent pas prendre le risque d’être piégé par une offre d’achat hostile.  Ne vous étonnez donc pas qu’une grande valeur fluctue dans des limites étroites.  Une politique conservatrice tiendra compte de cette situation, qui s’explique aussi par la volonté des actionnaires de références  de bénéficier d’une cotation qui valorise habituellement la société de l’ordre de 30%. Ce qui n’implique nullement qu’il faille négliger ces valeurs.  Certaines d’entre elles offrent un rendement intéressant en ce moment au vu de celui dont sont assorties les obligations.
 
g.En conséquence, nous déconseillons vivement la gestion discrétionnaire, à moins que celle-ci soit assumée sous une forme collective. 
 
h.N’oublions pas les fonds ou sicavs, un secteur où il y a « à boire et à manger ».  En Europe, on en compte plus de 10.000 et tout autant en Amérique du Nord.  Comment s’y retrouver ?  Certains d’entre eux ne sont pas à dédaigner.  Du reste, sur les marchés peu structurés (pays émergents entre autres), il est recommandé d’investir via un fonds.  D’une manière générale, certains journaux cotent les sicavs dans un supplément trimestriel.  En principe,  porter votre choix sur un fond bénéficiant de 5 étoiles et à la tête duquel opère un gestionnaire réputé.
 
i.Ne vous laissez pas séduire par la mention « garantie ».  Dans un passé récent, nombre de fonds garantis n’ont pu faire face à leurs engagements.  Faites-vous expliquer clairement les tenants et aboutissements de la garantie et ne traiter qu’avec des établissements qui ont pignon sur rue.
 
j.Peu d’intermédiaires fournissent de « bons » renseignements en matière boursière.  Une des explications est le décalage dans le temps entre les performances passées et futures.   En outre, lorsqu’ils conseillent une valeur à l’achat ou à la vente,  certains clients privilégiés ont déjà bénéficié de l’analyse du titre.  D’autre part, il n’est pas exceptionnel que les clients privilégiés se défont de leur position, sans raison apparente et précipitent alors une baisse inattendue.
 
k.Les places boursières ne sont plus ce qu’elles étaient.  Jusqu’aux années soixante, la très grande majorité des investisseurs opéraient sur le marché national.  Le volume des titres traités sur la journée à Wallstreet ne dépassait guère les quelques millions.  A partir des années septante,  les marchés se sont internationalisés vu les améliorations apportées aux systèmes de communication.  D’où des volumes allant jusqu’à une vingtaine de millions de titres (New York et Tokyo).   Mais, depuis l’avènement des opérations électroniques des années quatre-vingts, les volumes ont explosé.  Ce sont des milliards de titres qui sont échangés journellement sur les grands marchés sans compter les opérations « hors bourse » non comptabilisés.  Ce qui explique la volatilité accrue des marchés et les risques accrus pour tout investisseur.
 
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Les sciences financières ne sont pas une science exacte.  Les instances les plus prestigieuses au monde ont connu des déboires.  Certaines d’entre elles, comme Lehman Brothers et Merrill Lynch – la plus importante maison de courtage au monde – ont même déposé leur bilan.
Si le monde financier compte des dizaines de milliers de conseillers financiers.  Peu d’entre eux ont une formation à la hauteur des enjeux en cause.  Seul un petit pourcentage se révèle réellement qualifié (entre 5 % et 10).  La majorité d’entre eux conseilleront ce que la direction recommande en vrac.  Soyez donc sur vos gardes et surveillez bien votre portefeuille, car les risques que vous courez sont considérables.
D’où le risque de perte totale dans les cas les plus malheureux.  Recourir à un bon conseiller sera donc la tâche première de tout investisseur-épargnant avisé. 
 
Pour terminer,  nous tenons à vous rappeler les risques que comportent les opérations sur le marché des matières premières :   peu d’opérateurs non professionnels sont gagnants d’une façon plus ou moins constante.   Par ailleurs,  les marchés immobiliers financés par le crédit hypothécaire, peu encadrés comme celui des Etats-Unis ou celui de l’Espagne, connaissent de très fortes fluctuations (jusqu’à 70 % de baisse en cas de crise).   La quasi-totalité des investisseurs individuels étrangers ont perdu la totalité de leur mise (mais aussi 80 % des investisseurs locaux) sur leurs placements immobiliers en Amérique du Nord.  Par conséquent, un marché à regarder avec beaucoup de circonspection, quelles que soient les perspectives clamées par des courtiers qui, en règle générale,  n’ont qu’une faible expérience, voire aucune, des placements qu’ils conseillent à l’étranger.
 
En résumé,  malgré les risques  - et dans notre monde d’aujourd’hui, on ne peut vivre sans risques  -  les marchés financiers réservent tout de même un potentiel de gain intéressant, si l’on se comporte « sagement ».  Ce faisant, vous ferez de bonnes, mais aussi de moins bonnes opérations. Ce qui importe en dernière analyse, est le bilan global : les opérations bénéficiaires doivent l’emporter d’une façon constante d’une année à l’autre sur les transactions décevantes.
 

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