La protection de l'épargne, une préoccupation constante des pouvoirs publics, mais un sujet délicat et capricieux !

Tout régime démocratique se fait un point d’honneur de protéger l’épargne. AU XIXème siècle, c’était principalement en Belgique, les caisses d’épargne et les obligations d’Etat. Mais, depuis la Première Guerre Mondiale et l’inflation qui s’en suivit, le problème s’est compliquée, à tel point qu’un siècle plus tard l’éventail des placements « supposés protéger » le patrimoine de l’épargnant s’étend à des dizaines, voire des centaines d’instruments financiers.

Il est vrai que la conjoncture financière évolue plutôt rapidement et qu’elle évolue différemment d’un Etat à l’autre. Il est aussi vrai que tel instrument financier n’existe que dans tel pays comme les « Pfandbrieven » en Allemagne et que tel instrument financier fluctue d’une façon particulière dans sont pays par rapport aux autres, comme le Franc Suisse (50 % de hausse en deux ans par rapport à l’euro). En sus, la fiscalité varie d’un pays à l’autre. Bref, manœuvrer de manière à protéger son capital est devenu presqu’un art !

Jusqu’à l’ère de la Grande Dépression des années trente, les autorités publiques rechignaient à prévoir un ou plusieurs organismes de contrôle ou de tutelle. La Commission Bancaire créée en Belgique en 1935 s’efforça de mettre un peu d’ordre dans le monde des institutions financières. Mais, son souci portait au départ davantage sur le maintien de l’activité économique du pays et sur la sauvegarde du Franc que sur la protection de l’épargne.

Ce n’est en fait que dans le cadre de l’Union Economique que la Commission Bancaire, devenue la CBFA, pris à cœur l’adoption d’une éthique financière dans le chef des établissements financiers, en dénonçant publiquement les entreprises proposant des produits financiers « non agrées » sur le marché. C’est aussi dans les années septante que fut créée une première association pour la défense des porteurs d’actions, l’asbl ADPA, malgré les objections des services répressifs qui alléguaient à tort que cette association empiétait sur les prérogatives de l’Etat. Il faut noter également que l’organe du CERI (Centre Européen de Recherches sur l’Investissement), le périodique « Gestion Patrimoniale », dénonçait nommément les propositions d’investissements qu’elle jugeait anormalement risquées dans les domaines pour lesquels la CBFA n’était pas compétente : l’immobilier à l’étranger, les « commodities » (matières premières), les objets d’art et de collections, les placements « divers » (non catalogués), etc.   Sans doute, l’action conjuguée de la CBFA et d’initiatives privées du genre précité mirent notre pays largement à l’abri des arnaques financières de toutes espèces durant les trente dernières années du XXème siècle.

Depuis le début du XXIème siècle, la protection de l’épargne assuma un visage très différent. Alors que l’épargnant-investisseur était désormais avisés  des écueils à éviter « normalement », il fut pris souvent dans un engrenage nouveau et imprévisible des « fonds structurés », des « subprimes » et de la spéculation sur les opérations dérivées. Le résultat fut catastrophique, car les investisseurs institutionnels furent pris au piège, en même temps que l’épargnant-investisseur privé. D’où les interventions démentielles des autorités financières pour empêcher la paralysie du système économique à l’échelle mondiale.

Mais, l’appât du gain (facile) prit rapidement le dessus. Les liquidités à taux réduits déversées sur le marché au profit des institutions financières furent utilisées en priorité pour effectuer des placements juteux avec des effets de levier insoupçonnés, au point que lorsque le marché se retrouva avec un loyer de l’argent en hausse et une conjoncture économique en repli, lesdites institutions financières furent de nouveau acculées. D’où l’effondrement des marchés boursiers de l’été 2011.

Dans l’article consacré récemment à l’appât du gain (août 2011), nous attirions l’attention sur les difficultés à maitriser un marché, dont le volume a été multiplié mille fois depuis les années septante. Imposer un moratoire sur les ventes à découvert sur certaines actions ou sur des instruments financiers complexes, peut contribuer à faire réfléchir certains opérateurs et les forcer à s’abstenir. Les en empêcher totalement, serait illusoire, car ils disposent de trop de « moyens » pour contourner les interdictions. En tout état de cause, comme expliqué dans l’article précité, le début de sagesse est conditionné par l’arrêt complet des opérations « spéculatives » à partir des fonds propres des banques commerciales.

Vu l’instabilité actuelle des marché financiers, un groupe de députés européens a pris l’initiative de créer un « Finance Watch » avec l’aide d’experts et avec l’appui d’une vingtaine d’ONG pour offrir au public une information financière aussi objective que possible sur les marchés financiers.

« Finance Watch » pourrait-il faire plus et mieux que les organismes existants ? La CBFA devenue la FSMA et dont la mission principale est précisément la protection de l’épargne, des initiatives comme Deminor ou l’asbl ADPA qui ont pour vacation la défense des intérêts minoritaires, des instances comme le JEP (Jury d’Ethique Publicitaire) qui malheureusement sous la pression de Febelfin se déclare cependant incompétent (sous des prétextes fallacieux) en matière financière contribuent à démasquer certaines arnaques. Sans doute, serait-il opportun que « Finance Watch » se consacre en priorité à contraindre le JEP à se pencher sur les abus éventuels commis en matière de communication financière et à intervenir auprès des autorités européennes, afin que les banques de dépôts (alias banques commerciales) ne soient plus autorisées à effectuer des opérations « spéculatives » sur leurs fonds propres.                                                          

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