Quelles leçons tirer d'une longue expérience de la gestion patrimoniale ?

« Il faut ramener la finance à la raison »     
«L’Echo » du 11 octobre 2011

« Pour ma génération, l’avenir était une promesse.  Aujourd’hui, l’avenir est une menace »
Nicolas Sarkozy

« L’escroquerie est devenue un sport estimable et majoritairement admiré »
Michel Bouman « La Libre Belgique » du 12 janvier 2007

« La technologie vise à décupler le potentiel humain »
Michaël Dell – PDG de Dell Inc.

« Le capitalisme n’est pas déontologique, il est efficace »
Guy Sorman

En guise d’introduction, je brosserai en quelques mots le début de ma carrière professionnelle.  Curieusement, je débutai celle-ci dans les années cinquante dans une des grandes banques belges où à l’époque je fus assigné comme stagiaire à tous les services, à l’exception de celui de la gestion de fortune, cd. le département en charge de la gestion des portefeuilles de tiers.

Lors de mon mariage une dizaine d’années plus tard, je fis la connaissance d’une personne réputée de super riche.  Sa société holding comportait des actifs qui étaient évalués à plus d’un milliard de nos anciens francs.  Bien que ma formation bancaire fût lacunaire à ce propos, il m’en confia la gestion.  C’est à ce moment-là que j’appris les premières leçons en gestion patrimoniale :

  1. les actifs – et les passifs comme les hypothèques – doivent être gérés comme un tout sous les auspices d’une seule et même entité, afin d’être le plus performant possible
  2. vu l’importance inhabituelle du patrimoine, je fus sollicité discrètement à percevoir des faveurs.  Aucun secteur de l’investissement ne fit exception à cet égard.  J’adoptai la seule position qui me paraissait raisonnable : l’intégrité.  En acceptant des faveurs,  j’aurais servi deux maîtres à la fois, me dis-je, et mon jugement eut été faussé.  Précisons encore qu’en ne jouant pas le jeu proposé, je conservais tous mes droits en cas d’une fausse manœuvre de l’intermédiaire financier, ce qui se produisit maintes fois.
  3. lorsqu’une personne ou une famille possède des actifs importants,  elle effectue peu d’opérations, mais des opérations importantes.   Le risque est réduit en l’occurrence grâce aux informations privilégiées qui lui sont transmises gracieusement.  Le « petit » investisseur multiplie les opérations dans l’espoir, le plus souvent vain, de faire fortune ou à tout le moins bonifier son capital.

Il va sans dire que je contribuai à fructifier le patrimoine en question et que fort de cette expérience, je fus appelé en 1970 à prendre la direction d’une nouvelle entité créé à l’ICHEC, à savoir le « Centre européen de recherche sur l’investissement »,  en bref le CERI.  J’eus dès ce moment la possibilité d’améliorer les outils appropriés pour une gestion performante d’un patrimoine « passif »  individuel, familial ou entrepreneurial.

Avant d’aborder les leçons à retenir selon la nature de l’investissement, quelques mots sur l’évolution des marchés financiers durant ce dernier siècle.  Dans les années cinquante, la bourse de Bruxelles ne comptait que des titres de sociétés belges et,  pour les quelques valeurs étrangères,  des certificats d’actions.  Le marché obligataire était dominé largement par les emprunts d’Etat à taux fixes.  Il n’existait que peu d’autres possibilités, essentiellement : le marché à terme et les options d’achat et de vente (« putts and calls »).  On ne parlait ni de « High Tec »,  ni de marchés continus,  ni d’opérations à haute fréquence. La mondialisation ?  Personne n’en parlait.  Le volume journalier à New York oscillait autour des 10 millions de titres.  Lorsqu’il atteignit les 20 millions, ce fut la débandade au « back office ».  Aujourd’hui, on traite journellement plusieurs milliards d’actions à New York.  Les marchés ont des dizaines de millions de fans qui ont chacun de bonnes raisons d’acheter ou de vendre un titre en particulier.

Voyons maintenant ce qui se passe dans les divers compartiments d’un patrimoine :

 

A. La gestion de portefeuilles

 

  1. Les marchés ont toujours raison.  Il peut se produire des mouvements anormaux durant un ou plusieurs jours, mais  un marché finit toujours par adopter une vitesse de croisière normale.  Les théories de couverture par des « hedge funds » ou par des politiques « contraires » sont des techniques réservées aux professionnels et aux établissements financiers.
  2. Il n’y a aucune honte à liquider un portefeuille.  Lorsque les marchés se retournent, peu de valeurs échappent à la pression baissière.  Une façon plus sophistiquée de réagir est d’acheter un ou plusieurs « put » ou encore d’arbitrer les actions contre des valeurs à revenu fixe.
  3. Les titres de bon père de famille se font de plus en plus rares.  Songez à ce qui est advenu au titre Fortis.  Même l’UBS, le monstre sacré de la bourse de Zurich, a perdu près de 90 % de sa valeur suite à la crise de l’automne 2008.  L’une des rares actions qui a conservé le statut de bon père de famille est la Royal Dutch, qui n’a cessé de payer un bon dividende, même en période de guerre.  Grosso modo, l’on peut affirmer que toute valeur, sauf rares exceptions, finit par décevoir pour une raison ou pour une autre.  Deux exemples : la General Electric qui stagne depuis des années autour des 26 $ ou encore le fameux fond de Warren Buffet, un modèle pour tout investisseur averti, a perdu un tiers de sa valeur en quelques jours en novembre dernier.
  4. Il est important d’anticiper les tendances fondamentales du marché.  C’est cependant un art difficile.  Le prix Nobel de l’économie en 2013, Robert Shiller, reconnait que l’on peut entrevoir un retournement de conjoncture boursière, mais non le moment.  Un signe à surveiller cependant : la nervosité des cotations.  Ainsi, deux semaines avant sa chute dramatique de 500 points en octobre 1987, notre publication « La Gestion Patrimoniale » diffusait un « flash » conseillant les abonnés de vendre dans leur entièreté leur portefeuille, à l’exception des valeurs aurifères,  ce qui était cependant une erreur, vu les fluctuations anormales de 10 % sur des titres aussi importants que ceux composant l’indice Dow Jones.  Ce faisant,  nous annoncions l’avènement de l’indice de volatilité VIX.  Nous avons réédité le même scénario, lorsque nous apprîmes que HSBC avait provisionné en mars 2008 quelque $ 10 milliards, sans en donner une justification,  et que les groupes financiers Bear Stearns et BNP-Paribas avaient suspendu leurs transactions sur plusieurs fonds au début de l’été 2008.
  5. Chacune des crises boursières de l’après-guerre eut comme cause principale ou prou un endettement excessif des établissements financiers américains.  L’explication :  les Etats-Unis n’ont pas instauré d’autorité centrale pour surveiller l’octroi des crédits hypothécaires.  D’où la crise des « subprimes » en 2008, cd. des crédits hypothécaires gagés sur un bien immobilier à plus ou moins 100 % de leur valeur vénale dans un marché baissier.  Mais il y avait cette fois d’autres raisons :
    1. l’émission de fonds garantis assortis de formules mathématiques pour certainement la moitié entre eux, comprises que par quelques matheux privilégiés seulement.
    2. la diffusion « sans compter » de polices d’assurances garantissant – sur le papier – une éventuelle déconfiture des opérations de titres et actions de tous genres, telles les dettes sur cartes de crédit.
  6. En conclusion : il importe de traiter avec un intermédiaire compétant - qui n’est pas nécessairement le plus honnête je le précise - :
    1. il doit opérer dans un cadre légal surveillé par un organisme prudentiel
    2. il est désirable que cet intervenant vous procure une documentation sur les opérations envisagées
    3. il est normal que vous l’interrogiez sur les aspects qui vous paraissent nébuleux
    4. il est opportun que l’intermédiaire financier explique ses méthodes d’analyse et fournisse des éléments permettant de déduire que celles-ci produisent des résultats positifs sur une certaine période (3 à 6 ans)
  7. Le secteur obligataire a aussi beaucoup évolué.  Dans les années soixante, les valeurs à revenu fixe constituaient un investissement chéri par la majorité des investisseurs-épargnants à l’époque, vu le rendement et la stabilité des emprunts.  Ce n’est plus le cas aujourd’hui.  Avec les méga-émissions de milliards de titres, l’investisseur avisé pourra « spéculer » sur les variations du taux et/ou les mouvements sur les devises.  Dans certains cas, il peut être vulnérable,  lorsque les obligations souveraines d’un Etat sont sous pression, comme ce furent les cas pour la Grèce et pour l’Argentine.
  8. Le comportement des fonds-sicav : à l’époque,  l’on ne cotait que quelques dizaines de fonds, comme ceux du groupe Robeco (à Amsterdam et à Paris).  Depuis,  toutes les institutions financières ont créé leurs fond maison au point qu’on en compte actuellement plus de 10.000  On peut se demander quel intérêt y avait-il pour ce faire, alors que la toute grande majorité de ces fonds n’ont pas de marché.  Au surplus, peu de ces fonds sont bien gérés.  Un très petit nombre d’entre eux « battent » les indices boursiers.  Il est préférable,  de ne s’intéresser qu’aux grands fonds indépendants, comme les Groupes Fidelity, J.P. Morgan, Pinco et Vanguard, en sélectionnant un thème particulier.   Evitez en tous cas les fonds soi-disant au capital garanti.  Ils ont connus une période particulièrement houleuse depuis les évènements de 2008.
  9. La spéculation sur matières premières
    Si l’achat de l’or-métal est considéré généralement comme une bonne mesure de précaution, les transactions sur matières premières sont extrêmement périlleuses.  D’une part les fluctuations, lorsqu’elles se produisent, sont virulentes et les montants en jeu considérables.  Selon certaines statistiques américaines, 4 % seulement des intervenants non professionnels finissent par engranger un bénéfice sur de telles opérations. A moins d’être versé en sciences économiques, s’abstenir !
  10. Dernier compartiment : les « financial futures » ou les « opérations dérivées ».   Il s’agit principalement d’opérations virtuelles qui ne s’adressent qu’à des investisseurs très sophistiqués.  A la limite on peut envisager une transaction portant sur un call ou un put.  Dans pareille éventualité, faites-vous assister par un professionnel.  De toute façon, méfiez-vous des génies matheux opérant en bourse.  Ayant élaboré un « modèle » qu’ils prétendent infaillible et intervenant à « haute fréquence », ils ont tôt ou tard été victimes d’un évènement financier imprévu.  L’affaire Van Rossom, bien agencée avec un nombre limité de gros investisseurs,  a échoué lors du crash d’octobre 1987.

 

En conclusion, la gestion d’un portefeuille de nos jours est soumise à des risques considérables, dont certains sont imprévus et imprévisibles.  Qui aurait pu imaginer que Fortis, la première banque du pays, sombrât en l’espace d’un an !  Aux Etats-Unis, où les enjeux financiers prennent des proportions encore plus importantes, l’Etat fédéral a dû intervenir à plusieurs reprises pour éviter la pire des catastrophes, cd. la paralysie du système bancaires avec le « cornering » de l’argent-métal par Hunt, les opérations irraisonnables des fonds UMC,  géré par des tenants de Prix Nobel (!), la faillite de Lehman Brothers qui a forcé la Fed d’inonder le marché de liquidités quasi sans la moindre garantie.

 

Ce qui nous arrive à recommander dans toutes les circonstances :  la constitution d’une seconde ligne de défense, soit en liquidant dans les délais les plus rapides une position qui vacille ou disposer de suffisamment de liquidités pour ne pas être emporté par la déconfiture d’un actif.  A l’inverse, profitez d’une situation exceptionnelle : la hausse du franc suisse de ces dernières années,  celle de l’or en prenant son bénéfice à point nommé ou en courant un risque calculé sur une valeur flamboyante, telle la valeur « high tec » chinoise Alibaba.

 

B.  La gestion immobilière

 

Le marché immobilier a toujours été prioritaire chez l’investisseur-épargnant belge.  Ce n’est pas le cas partout.  Aux Pays-Bas, c’est la gestion du portefeuille qui l’emporte.  C’est pourquoi,  nos citoyens se sont intéressés peu après la guerre mondiale à des placements à l’étranger en plus de ceux effectués chez nous et qui « se sont comportés » dans l’ensemble d’une façon satisfaisante.  Si le rendement net est faible, compte tenu des nombreux aléas de la location, surtout dans l’immobilier résidentiel (entre 1 % et 2 %) le « return » lors de la revente est nettement plus élevé, puisqu’on estime que la valeur d’un bien immobilier a augmenté six fois en 30 ans.  Bien sûr, il s’agit d’une moyenne.  A Bruxelles et à Bruges, les hausses ont été plus sensibles qu’ailleurs.

 

En investissant dans l’immobilier à l’étranger, l’on multiplie par contre les risques.  Le droit, la jurisprudence, les usages, les pratiques commerciales, la langue diffèrent. A quoi s’ajoute la distance.  Aussi les résultats ont-ils été désastreux, à tout le moins pour les personnes qui ont acheté un bien avec une garantie de rendement élevé, soit de 10 % à 15 %.  Comme cette garantie était comprise dans le prix d’achat pour une durée limitée (2 à 3 ans), l’opération s’acheva irrémédiablement par un échec, d’autant plus que le sud touristique de l’Europe (Espagne, Italie, Portugal)  zone dans laquelle l’épargnant-investisseur donnait sa préférence, subit une crise sévère suite à l’embargo du pétrole lors de la chute du Roi Idris de la Lybie en 1973.

 

Certains de ces investisseurs nous appelèrent au secours.  Au lieu de s’adresser à un avocat local, en vue de trouver une solution, nous organisâmes des comités de défense, ce qui permit de collecter des fonds à suffisance pour payer notamment des ingénieurs-conseils qui aidèrent les exploitants à redresser la barre, tout en payant un petit loyer aux membres de ces comités de défense.  Après une période transitoire d’une quinzaine d’années, les investisseurs ont pu revendre leur bien et récupérer leur capital en francs constants.  Nous avons ainsi sauvé le capital investi de plus de 300 personnes, faits exceptionnel pour de telles opérations portant sur des montants relativement faibles dans des pays dont le système juridique était,  à l’époque,  peu efficace.

 

Nous furent également appelés à intervenir pour des investisseurs européens en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) vers les années quatre-vingt, lorsqu’une crise immobilière y éclata.  Il s’agissait non plus de biens résidentiels (appartements ou de chambres d’hôtels), mais de biens commerciaux.  Nous établîmes à cette occasion, une espèce de « nihil obstat », inspiré par celui élaboré par la Commission Bancaire, mais portant uniquement sur un bien sis à l’étranger et fixant les normes, en particulier le degré d’accessibilité, le vitrage, le toit, le conditionnement d’air, etc.  L’expérience fut décevante, car dans la majorité des demandes d’interventions, le département immobilier, l’IREI  (l’International Real Estate Institution) dut répondre par la négative.  Il faut tout de même savoir qu’un détenteur de bien de qualité aux Etats-Unis ne va pas explorer le marché européen et consacrer beaucoup de temps à négocier.  Néanmoins, nous eûmes l’occasion de procéder à certaines acquisitions qui se sont révélées toutes prometteuses.  Il s’agissait chaque fois d’un bien distinct : centre commercial, immeuble de bureaux, une clinique de jour, un immeuble à appartements, un champ pétrolier, et même une exploitation de gisements aurifères. Sommes toutes, des « tests » expérimentaux qui permirent de connaître les aspects spécifiques d’un marché déterminé et les difficultés qu’il engendre.  Le tout étant destiné à être publié, conformément à l’esprit d’un centre scientifique.

 

Le marché américain est fort important.  Comme, il n’y a pas de notaire, sauf dans l’Etat de la Louisiane, toutefois sous une forme différente de la nôtre, ce sont des avocats spécialisés qui traitent les aspects juridiques en matière immobilière.  Un casse-tête ! Tout acte juridique comporte aisément 50 pages.  En sus, le droit américain n’est pas le nôtre.  Les usages aussi sont souvent à l’opposé des nôtres.  Par exemple, un immeuble vacant est déprécié d’au moins 50 % de sa valeur.  Un bail résidentiel est, sauf rare exception,  de 3 mois maximum, ensuite renouvelable de mois en mois.  L’investisseur américain ne conserve presque jamais un bien plus de 7 ans et agit davantage en « joueur » (« gambler ») comme s’il intervenait en bourse.  Résultat, lors de chaque crise immobilière,  80 % des intervenants locaux sont balayés.  Quant aux investisseurs européens, 99 % se déchirèrent la chemise lors de la grande crise immobilière fin des années quatre-vingt.  A part les compagnies d’assurances britanniques et néerlandaises bien implantées aux Etats-Unis, un groupe allemand qui y avait établi une filiale, et nous-mêmes effectuant des allées-venus régulières tous les mois (3 personnes étaient affectées à cette tâche), les conséquences furent, comme précisées plus haut, des plus décevantes.  Le département immobilier du CERI consacra près de 40 ans (sic) à superviser un immeuble de bureaux avant de pouvoir réaliser dans de bonnes conditions via la vente du terrain sur lequel il était implanté, lequel s’était valorisé entretemps.  En résumé, investir à l’étranger et particulièrement en outre-mer, décuple les risques.  Donc, ne pas envisager cette possibilité, à moins d’acquérir un bien de préférence sans crédit hypothécaire dans le sud de l’Europe avec l’aide d’un agent immobilier réputé et compétent.

 

C.  L’investissement en objets d’art

 

Bien que les connaisseurs qualifient l’investissement en objets d’art comme un bon investissement, nous sommes quelque peu réticents à adopter pareille position.  Il y a plusieurs explications :

 

  1. la quasi-totalité des adjudications dans les salles de vente portent sur des objets qui font moins de 500 €
  2. les marges entre le prix de vente et le prix d’achat sont particulièrement élevées : de minimum 20 % à 35 %
  3. la valorisation d’un objet prend beaucoup de temps, à moins qu’il ait été acquis initialement à un prix élevé.  Le temps consacré par un amateur à collectionner un type d’objet spécifique représente somme toute le coût qui justifie la hausse éventuelle enregistrée sur le marché
  4. les risques de faire une « mauvaise affaire » ne sont pas négligeables :

 

  • la majorité des meubles anciens par exemple ont fait l’objet d’une restauration.  Or, il y a des seuils à ne pas dépasser, sans quoi l’objet est boudé
  • de même pour les toiles de maîtres anciens.  Peu d’entre elles n’ont pas été retouchées.  Ici également l’ampleur des retouches peut jouer contre vous.  A quoi s’ajoutent les attributions, les tableaux peints par un élève de l’école du peintre, les copies peintes deux siècles plus tard, etc.
  • quant à la peinture contemporaine, les faux pullulent,  lorsqu’on est en présence d’une pièce d’une certaine valeur

 

Pour déterminer l’origine proprement dite d’un tableau ancien, l’Institut du Patrimoine Artistique – organisme fédéral – requiert plusieurs mois d’investigation.  C’est dire la complexité de la matière.

 

Faut-il pour autant ignorer le marché de l’art ?  L’attrait de s’entourer de beaux objets ne cesse, au contraire, d’animer un nombre croissant d’amateurs.   Ils n’étaient qu’une poignée lors de la deuxième guerre mondiale,  soit un demi-million.  Aujourd’hui toutes les classes sociales consacrent, si elles peuvent dégager une partie des économies non indispensables pour se doter d’objets d’art supposés de qualité et dès lors susceptibles de prendre de la valeur avec le temps.

 

La réalité est, qu’en définitive, celui qui s’entoure de beaux objets ne se préoccupe nullement de leur appréciation et que celui qui est accaparé par l’élaboration d’une collection ne s’intéresse qu’à l’enrichir.

 

Certes, les marchands n’éprouvent pas les mêmes sentiments, quoi que nombre d’entre eux finissent par s’attacher à tel objet rare ou tel artiste de son choix.

 

Le CERI avait procédé au début des années septante à une enquête approfondie sur la peinture contemporaine belge (1880 à 1970).  Il s’avère 45 ans plus tard que sur les 250 artistes négociés dans nos principales salles de vente,  notre asbl s’était trompée quant aux perspectives ou quant à l’absence de perspectives dans un seul cas, à savoir le peintre Malfait.  Une conclusion importante : moins une norme ou de données objectives sont connues et mises en œuvre, plus grandes sont vos chances de voir juste sur les marchés financiers.

 

Que conseiller ?

 

  1. en premier lieu s’éduquer
  2. avant d’acheter, s’informer sur l’ordre de grandeur généralement admis pour un objet donné, ce qui est généralement possible grâce aux recueils contenant les  résultats en vente publique
  3. se consacrer à collectionner un type d’objet déterminé, sachant qu’une collection réserve habituellement une plus-value par rapport à des objets isolés 
  4. en dernier ressort se méfier des marchands qui vous annoncent un bon investissement.  Si tel est le cas, l’on peut se demander pourquoi le marchand n’en profiterait pas lui-même, plutôt que vous, de cette opportunité.  De toute évidence, les professionnels ne font pas autre chose.  Leurs principales sources de revenu sont leurs « découvertes ».

 

D.  Investissements « alternatifs »

 

On vous a sans doute proposé des possibilités d’investir et de gagner rapidement des sommes importantes par le biais de biens qui ne sont encadrés par un marché structuré, tel un élevage au Paraguay, une culture d’ananas à Costa Rica, une matière première recherchée, mais non cotée officiellement, un contrat pour X containers mis en location, un achat d’un terrain à bâtir dans les Iles Fidji, voire une participation minoritaire non active dans une société qui vous est inconnue,  etc.etc.   

 

D’aucuns ont connu l’engouement en faveur d’un placement en diamants fin des années septante.  Des promoteurs reconvertis du groupe IOS (groupe diffusant des fonds existants) firent mousser le marché diamantaire à la surprise des milieux diamantaires eux-mêmes jusqu’au jour où ce marché se cassa la figure, ruinant nombre de personnes qui avaient acheté à crédit sur le conseil d’un professeur anversois réputé.  Précisons que d’une part circulaient des certificats de complaisance dûment signés par des directeurs de laboratoire et que d’autre part la majorité des pierres vendues à titre spéculatif l’étaient sous scellés et donc non contrôlables.  Du reste, si vous enleviez le scellé, vous perdiez tous vos droits de recours selon les intermédiaires précités.  En un mot : un jeu de dupe !

 

A moins d’être bien introduit dans un des secteurs précités et d’être prêt à supporter une perte totale, il est hautement recommandé de s’abstenir en faisant une exception pour l’une ou l’autre opportunité sérieuse, comme un « membership » aux Lloyds (assurances), lequel comporte toutefois des risques financiers élevés.

 

Une conclusion s’impose :  si certaines publicités condamnent à juste titre « l’inertie » en matière financière, la réponse usuelle que j’eusse à prononcer,  lorsqu’un investisseur demandait l’avis du CERI à propos d’un projet quelque peu insolite, était le terme russe « NIET ».

 

X                     X                        X

 

Un dernier conseil : il importe de gérer un patrimoine passif individuel, familial ou entrepreneurial, comme un tout, comme une seule entité.  C’est du reste dans cet esprit que le CERI a conçu une situation comptable à l’image d’un bilan de société reprenant tous les actifs et passifs, ainsi que les revenus,  les charges et les frais exposés durant une période donnée.  Certes, un tel travail comporte un certain coût qui ne se justifie qu’à partir d’un certain seuil financier.  C’est un outil de travail précieux pour déterminer le degré de réussite de sa gestion de patrimoine.  Vous m’excuserez de ne pas avoir abordé les problèmes fiscaux, les assurances patrimoniales et certains problèmes juridiques et notariaux liés au patrimoine, tels que sa structure, les enfants mineurs, le divorce, les droits des usufruitiers, etc.    Dans le contexte mouvant actuel, c’eut été une gageure.

 

Et en dernière analyse, il est bon de consulter un spécialiste pour chacune de ces disciplines.

 

 

 

 

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