Appel à la Commission de justice de la Ligue des Droits de l'Homme

Personne ne conteste que notre appareil judiciaire soit atteint d’un malaise profond.  Celui-ci procède d’une multitude de facteurs rationnels et irrationnels qui hypothèquent de plus en plus les garanties d’un état de droit.

« Entre un enseignement détruit, des médias superficiels mais péremptoires, une médecine déconsidérée par des transfusions sanguines criminelles, entre une police partiellement corrompue mais impuissante devant les ghettos ethniques et une institution judiciaire soumise tout à tour aux abus du pouvoir ou à  l’arrogance de certains juges, notre pays voit peu à peu se dissoudre les garanties et les règles d’un véritable état de droit.  Le désarroi, l’anxiété, la dépression morale de nos compatriotes n’obéissent pas à d’autres causes.  Les contorsions d’une prétendue « classe politique » n’ajoutent qu’un ridicule supplémentaire aux mensonges, mirages et aux leurres d’une société symboliquement dite « de spectacle ».

Dès lors, chacun se sent seul, impuissant, vulnérable devant les pouvoirs indiscernables écrasants, préparés par l’incivisme.

Faute de convictions fermes ou d’analyses exactes, chacun se replie sur ses égoïsmes, sa peur du lendemain, ses calculs à court terme.  La générosité gêne, sauf comme un alibi dans les sondages.  L’indépendance intellectuelle agace.  Le courage détonne.  L’honneur étonne ou passe pour un luxe inadaptable au XXème siècle.  Des sentiments tenus jadis pour nécessaires, constitutifs de toute société humaine relèvent désormais de la subversion, quand ils ne passent pas pour des extravagances, dignes de quelques énergumènes.

Il aura fallu des années pour qu’apparaissent les misères de l’enseignement, celles du monde médical.  Celles de la justice éclatent, sans délais, à chaque affaire pénale, politique ou criminelle de quelque retentissement.

A l’inverse de beaucoup d’autres, le monde judiciaire porte dans ses valeurs organiques la conscience du juste et de l’injuste, du vrai et du faux.  Hors d’elles, il ne possède aucune légitimité.  Aucune prise de conscience ne peut se réaliser sans lui.  Les meilleurs des siens doivent donc en prendre l’initiative.  Sinon, ils se renient et de déconsidèrent.

Bien sûr, il demeure possible et même parfois tentant, de ne rien entreprendre.

Malheureusement, l’absence d’effort ne conduit qu’au néant, puis à la honte et au désespoir.

Entreprenons de réunir ensemble le courage et l’intelligence. »

Texte publié par « Le Figaro » le 24 janvier 2000 sous la signature de Gilbert Comte, écrivain français, texte dans lequel « notre pays » s’est substitué à « La France ».

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