Wikileaks : un test des limites à la liberté de la presse.

La diffusion par Wikileaks de plusieurs centaines de milliers de câbles diplomatiques a suscité des réactions violentes des autorités publiques concernées.  Son fondateur et PDG, Julian Assange, ressortissant australien, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, a été arrêté et maintenu en détention malgré une décision de justice de libération sous caution.

Cette diffusion illégale de câbles diplomatiques confidentiels soulève plusieurs questions :

  1. qui est coupable et responsable de la divulgation de ces documents secrets ?  Le diffuseur, le ou les fonctionnaires qui ont accès à ces informations, ou les deux ?
  2. pareil volume de câbles diplomatiques est-il gérable ?
  3. si tel n’est pas le cas, quel(s) remède(s) faut-il suggérer ?

1.  Qui est coupable et responsable ?

Le journaliste professionnel a le droit, voire le devoir, de publier toute information d’intérêt public qu’il recueille, quel que soit le mode de communication. Deux réserves cependant, selon nous :

    a)  l’information doit respecter la vie privée de toute personne qui n’exerce pas une fonction ou un mandat public

    b)  l’information ne peut divulguer un « secret-défense » (terme officiel en France) :   

                                i.            susceptible de révéler un secret bien gardé relatif à la défense du pays

                              ii.            si elle met en danger la vie d’une ou de plusieurs personnes

     c)  en dernier ressort, il appartient aux autorités de « découvrir » le ou les fonctionnaires (diplomates, magistrats, militaires) qui ont transmis à des personnes non autorisées les dites informations confidentielles et de les sanctionner.

2.  Volume des informations divulguées

L’incident Assange nous apprend que le Département d’Etat américain est inondé d’informations : Comment un ministère peut-il « gérer », cd. exploiter à bon escient, un pareil flux de documents diplomatiques.

BTT estime que quel que soit le nombre de fonctionnaires affectés à l’analyse des dites informations, il est impossible d’en établir, dans un délai raisonnable, une synthèse cohérente et utilisable.  Du reste, le genre d’informations révélées par Wikileaks et transmises à Washington relève plus de travail du CIA que celui du corps diplomatique, lequel emploie quelque 200.000 personnes avec un budget de plusieurs dizaine de milliards de dollars.  De fait, 90 % des documents divulgués n’ont aucun intérêt stratégique.

Du reste, la politique du Département d’Etat est déterminée par l’Administration en place.  Ses objectifs sont connus et normalement les diplomates en poste sont tenus de les observer.  Par conséquent, la leçon que l’on peut tirer de cette observation est l’exubérance administrative d’une administration  publique,  sans justification, mais sans cesse croissante,  comme l’explique la loi Parkinson.  D’où un gaspillage de plusieurs  milliards de dollars.

3.  Quels remèdes ?

  1. il est essentiel que la direction diplomatique locale et les dirigeants de la CIA en poste se concertent régulièrement
  2. les câbles diplomatiques ne devraient  se limiter qu’à des faits importants qui pourraient avoir une incidence sur la politique définie au départ par le Département d’Etat, ce qui réduirait le risque de diffusion (1)
  3. en limitant le nombre de câbles diplomatiques à l’information essentielle, utile et utilisable, la diplomatie américaine   -  et c’est le cas  pour toute autre grande puissance  -  s’avèrera plus efficace d’une manière générale et plus présente à des moments précis.  Pareille recommandation vaut pour tout institution qui ne fait pas l’objet d’une « révision » (mise à plat, etc) de temps à autre (dans les 5 à 20 ans).

Une toute dernière question ?  Qui a financés  les installations  -  le bunker  - et les équipements de dernier cri de l’organisation Assange qui ont coûté des millions de dollars ?  Uniquement un financement au moyen de dons, prétend l’intéressé !  Et pourquoi un bunker ? et des ordinateurs « hors de portée » ?  Dans quelle intention ?

Ces questions suscitent une réponse circonstanciée.  Et elles provoqueront, sans doute, plus d’une surprise !

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(1) Le « Wall Street Journal » du 1er décembre 2010 arrivait aux mêmes conclusions :
« One lesson is that it is much harder to keep secrets in the Internet age, so the U.S. government is going to have to learn to keep fewer secrets and confine them to fewer people. »

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