Les projets du gouvernement wallon pour 2016. Mythes ou réalités ?

Si l’on doit se réjouir de l’accord obtenu entre le Fédéral et les trois Régions sur la lutte contre le réchauffement climatique, et ce après six années de palabres, l’on s’étonne que les communautés francophones ont tant de peine à se fixer une ligne de conduite commune. 

Or, les autorités wallonnes avaient pu prendre connaissance, au même titre que les flamandes, des matières qui devaient être régionalisées.  En « trainant la patte », elles sont contraintes de légiférer en tout hâte.  Une telle précipitation assure rarement des textes juridiques clairs et nets.  De plus, les décideurs politiques ont-ils pu réfléchir mûrement à une vision d’ensemble ? Ce qui laisse prévoir des contradictions, des amendements, voire des abrogations de lois au profit d’autres dispositions.

Parmi les matières qui relèvent du pouvoir régional :

  1. le logement : les autorités wallonnes sont confrontées à des logements, dont un quart date de cent ans et plus.  Moins d’un cinquième seulement ont moins de 35 ans.  Autres caractéristiques : l’isolation et la consommation énergétique déficiente.  En outre, la Région nécessitera 320.000 logements d’ici 2040 vu l’évolution de la population, soit 1.000 unités par mois, objectifs que l’on a peine à imaginer en ce moment.  Sans doute, faudra-t-il réduire sensiblement la superficie habitable par tête d’habitant.  Elle est de 626 m2 en Wallonie, 488 m2 en Flandre,  196 m2 aux Pays-Bas et 348 m2 en France.
  2. l’automobile : les Régions se sont accordées, après des âpres discussions sur l’opportunité d’appliquer une taxe sur les camions à partir d’un certain seuil,  lorsqu’ils empruntent une autoroute.  L’idée n’est pas mauvaise en soi, mais pas évidente dans un petit territoire comme le nôtre.  Les revenus recueillis seraient consacrées en priorité à l’entretien du réseau routier en mauvais état dans de nombreux endroits.
    Autre problème : la réduction de la pollution.  Les autorités s’efforcent de rationaliser leurs aides respectives : voitures électriques, voitures mixtes, etc.
  3. l’emploi : si le chômage recule (enfin), l’on ne peut crier victoire.  Un facteur prometteur : une moindre réticence à l’embauche en région flamande, ce qui permet d’espérer un taux d’emploi plus ou moins égal dans le pays (actuellement 62% en Wallonie contre 72% en Flandre).
  4. la lutte contre la pauvreté.  Indépendamment de l’élaboration d’un indice de la pauvreté – une bonne mais plutôt hasardeuse à notre avis – le gouvernement wallon a l’intention de légiférer sur une dizaine de matière en vue de contrecarrer l’état de pauvreté d’une fraction de sa population.  Programme non seulement ambitieux mais aussi onéreux !
  5. L’aide aux entreprises. Le gouvernement wallon veut consacrer € 775 millions supplémentaires aux € 1,4 milliard qu’il alloue annuellement aux entreprises et pour l’emploi dans le secteur marchand.  Le plan arrêté par le gouvernement prévoit 4 groupes cibles au lieu d’une quarantaine d’aides auparavant :

  1. les chômeurs de longue durée (activation des allocations de chômage)
  2. les travailleurs âgés (dès 54 ans)
  3. les jeunes (18 à 20 ans)
  4. les TPE (toute petite entreprise)
  5. l’absorption des petites circonscriptions électorales (suite à une décision de la Cour Constitutionnelle.

Encore faudra-t-il se demander comment les pouvoirs publics mettront effectivement en œuvre un tel programme.

Bonus logement et « ancêtres » : limité aux revenus de moins de € 81.000 net imposables par an, alors qu’il est largement avantagé en Flandres et à Bruxelles.  De même pour les voitures anciennes qui devront avoir 30 ans pour bénéficier du titre « d’ancêtre ».

   6. « Start-ups » : l’avantage fiscal accordé aux sociétés « start-up » permet une économie d’impôts pouvant atteindre les € 45.000 par an.

   7.  Développement urbain : le gouvernement wallon a mis sur pied un plan de développement urbain, afin de faciliter le retour dans les villes de promoteurs privés.  Dix projets seront élaborés dans un premier temps.  Quelles sont les chances d’un tel plan ?

   8. Parcours d’intégration des migrants dès 2016 : l’intention est bonne quoique tardive par rapport à celui innové en Flandre.  De toute façon, ce programme est nécessaire.  Mais a-t-on affecté un budget à la hauteur des besoins ?  Le gouvernement n’a encore rien dévoilé !

   9. Une meilleure répartition régionale du corps médical : plus de la moitié des communes wallonnes est en pénurie de médecins (53%). Un budget de € 15 millions a été adopté à cet effet pour 2016.  Néanmoins, la disparité qui existe au niveau de la santé entre le Nord et le Sud du pays s’estompe selon le « Centre d’Information sur les professions médicales » de l’UCL.  La consommation de soins de santé est à peu près équivalente entre les deux Régions.

  10. Le gouvernement wallon continue d’investir au lieu de faire confiance au secteur privé comme en Flandre, à Bruxelles et en Région germanophone :

  • € 3,5 millions en faveur de la F1 à Francorchamps
  • € 33 millions à Liège pour l’aménagement d’une nouvelle ligne de tramway
  • € 500 millions est le budget wallon destinés à l’accrocher au train du numérique

  11.-   La Région wallonne veut donner la parole aux citoyens en les invitant à donner leur avis à l’Iweps (« Institut Wallon de l’Evaluation de la Prospective et des Statistiques ») à l’occasion de « conférences citoyennes »

-    Le droit constitutionnel de pétition a été également assoupli par le Parlement wallon.  Simultanément, un citoyen  - un seul -  peut remplir un formulaire déterminé pour intervenir directement dans les débats d’une commission.

B.T.T. ne dissimule pas ses craintes quant à la réalisation de toutes ces initiatives pour une Administration qui n’a pas fait ses preuves par le passé et s’attend plutôt à une désorganisation des services jusqu’aux prochaines élections.

Ceci étant dit, reconnaissons avec une certaine prudence cependant que le Gouvernement wallon envisage des mesures de simplification non négligeables :

  • l’arbitrage des 40 aides à l’emploi en 4 groupes ciblés (voir plus haut)
  • suppression de certaines primes à 125 « chasseurs »
  • l’abaissement des charges sociales de 33% à 25%, à tout le moins dans les secteurs où on en ressent le besoin
  • la mise au point d’une procédure accélérée via la Sogepa, pour venir en aide aux PME en difficulté
  • une gestion plus « active » des entreprises secourues par les organismes semi publics qui sont les « invest régionaux »
  • une politique d’encouragement en faveur d’un repeuplement des grandes agglomérations (par exemple les 11 communes de Charleroi ont perdu 40.000 de leurs habitants depuis 1966)

Il n’en demeure pas moins que la Wallonie aura beaucoup de peine à rivaliser avec les autres régions du pays.  En cause notamment :

  • un déficit estimé provisoirement à près de € 400 millions, ce qui reporte l’équilibre budgétaire après les élections en 2018
  • une administration trop centralisée,  politisée, pléthorique et pointilleuse au niveau des contrôles.  Substituer des politiques à des technocrates est un jeu dangereux.  Il y a un risque de conflits d’intérêts
  • un service de médiation qui traite des milliers de plaintes recueillies, mais qui n’ont guère été suivies au sein de l’administration
  • un taux d’absentéisme nettement au-dessus de la normale, tout au moins dans les pays non méridionaux : 216.359 jours pour 10.200 agents publics, soit 593 ans de maladie pour une seule année !
  • un chômage qui demeure malgré tous les efforts du Forem à des nivaux atrocement élevé (16,58% de la population active contre 8% en Flandre) avec 46% de chômeurs n’ayant pas obtenu de diplôme autre que celui des primaires, soit 120.000 personnes.  D’où aussi, le nombre élevé de personnes en fin de droit aux allocations d’insertion après les 60 mois d’inoccupation, soit 15.223 personnes.

C’est pourquoi, certains médias parlent de l’échec de toute une société : « A quoi bon dépenser des milliards (pour la formation entre autre) pour créer des champions industriels de demain si la main d’œuvre qualifié n’existe pas » « La Wallonie a intérêt à évoluer vers un système plus managérial » (« L’Echo » du 14 novembre 2015)

C’est pourquoi, une fois encore, que B.T.T. est amené à constater que la Flandre est en bonne voie pour prendre le relais de ce que fut l’économie wallonne avant la Seconde Guerre Mondiale, une conquête illustré en particulier par l’investisseur « stakhanoviste » (« L’Echo ») Marc Coecke.

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