Les subtilités de la corruption.

La presse a fait état fin février dernier de divers cas de présomptions de corruption, en l’occurrence Serge Kubla et Armand De Decker.  Elle met en lumière cette fois le rôle que peut jouer un intervenant parlementaire, ce qui est plutôt exceptionnel, vu la discrétion que s’efforce d’observer un tel cénacle en la matière.

Ce qui nous inquiète sont les arguments avancés pour justifier une éventuelle corruption : le carnet d’adresses bien fourni, la profession d’avocat, les liens d’amitié.

Notre sentiment est qu’en acceptant un mandat, l’élu ne peut assurer d’autres missions que celles dévolues à sa fonction, sous peine de conflit d’intérêts.  Sur base des appointements perçus par nos parlementaires – quelque 8.000 € bruts par mois – rien ne justifie un complément de revenu, lorsqu’on sait que tout citoyen belge dispose, en principe,  de rentrées supplémentaires.

Certes, on peut s’étonner que le Collège des Procureurs-Généraux ait approuvé, selon Armand De Decker,  dans une des affaires que le cabinet d’un ancien Président du Sénat soit chargé de régulariser un dossier délicat.  La neutralité de l’Etat aurait été mieux servie, si cette affaire avait été traitée par un cabinet indépendant.

Il est vrai que nos hommes politiques sont sollicités.  Ils personnifient le pouvoir et dès lors ont un impact certain sur les décisions qui peuvent être prises au sein de l’Administration.  De là, monnayer cette faculté est une étape qu’il ne faudrait franchir en occurrence.

La législation belge en la matière a amélioré sans conteste certains comportements.  Il importe qu’elle aille jusqu’au bout de sa logique : une cloison étanche entre le législateur et le monde des affaires.

Ce qui est inquiétant dans ces deux « affaires » est d’une part le fait que les autorités de notre pays n’en ont pris conscience que sur dénonciation de tiers et que d’autre part les interventions de nos deux parlementaires ont traité avec  des intérêts étrangers ou sis à l’étranger.  La mondialisation est et doit être un facteur positif pour toute économie à vocation compétitive, mais non un instrument frauduleux pour des représentants de la nation.

A ce propos, nous pensons opportun de produire un extrait d’un éditorial de « L’Echo » en date du 2 juillet 2014, intitulé « La maladie du pouvoir ».  A la suite de la mise en examen de Guéant, ancien secrétaire-général de l’Elysée, l’ex-président Nicolas Sarkozy risque de l’être aussi sur base d’un versement de 500.000 € reçu de l’étranger (Lybie ?). 

«  Son prédécesseur Jacques Chirac a été condamné à 2 ans de prison avec sursis pour une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris.  François Mitterrand était déjà mort quand les plus gros dossiers de ses deux septennats sont arrivés devant la Justice.  Et Valéry Giscard d’Estaing a bien failli être emporté par les scandales de la Françafrique, même s’il s’est avéré ensuite que les diamants reçus du dictateur centrafricain Bokassa n’avaient pas la valeur que la presse leur avait attribuée.
La corruption ou le trafic d’influence ne sont pas une maladie de la droite, ni de la gauche d’ailleurs.  Ils sont la maladie du pouvoir.  Ce n’est pas en Belgique que l’on dira le contraire.  Les « affaires » qui touchent les ministres, les bourgmestres, les présidents de parti ou les patrons d’intercommunales démontrent que le danger guette à tous les niveaux de pouvoir, et pas seulement tout en haut de la pyramide. Qu’est-ce qui peut motiver des hommes arrivés au sommet de leur carrière à franchir la ligne rouge alors qu’ils savent, encore mieux aujourd’hui qu’hier, qu’aucun de leurs faits et gestes ne pourra être durablement ignoré ?  L’appât du gain, l’ivresse du pouvoir l’envie de nuire à ses adversaires expliquent certains comportements délictueux.  De même que des sentiments tellement plus communs, comme la peur du scandale, la crainte de se faire prendre le doigt dans le pot de confiture, l’angoisse de se retrouver sans mandat après la prochaine élection.
Enfin, contre toute raison, les hommes de pouvoir sont animés d’un puissant sentiment d’impunité.  Par un mécanisme d’autoprotection psychologique, d’abord.  Mais aussi parce qu’ils sont souvent entourés de courtisans qui, au mieux, flattent leur ego et, au pire, exécutent pour eux les basses besognes.  C’est quand la norme s’estompe, quand le « chef » n’est plus conscient de ce qui se passe hors de sa tour d’ivoire, que le risque de chute est le plus grand.  Pas besoin de rappeler où se trouve la roche Tarpéienne par rapport au Capitole. »

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