Accord boiteux, impasse, élections et changement de registre.

« Brussels Think Tank » (B.T.T.) est entre autres un observatoire de la vie politique belge.  Dès que furent connus les résultats des élections du 13 juin 2010, BTT s’est rendu compte que :

  • la crise gouvernementale serait longue, à tout le moins jusque fin de l’année 2010
  • l’accord du gouvernement qui sortira finalement des négociations ardues qui auront cours sera un accord boiteux   
  • une nouvelle crise ramènera les partis au tour de la table de négociation en vue cette fois d’une révision constitutionnelle qui tiendra la route durant une longue période (minimum 20 ans), et ce,  après de nouvelles élections législatives survenant avant la fin de la prochaine législature.

La position de BTT est plutôt catégorique : notre pays se trouve dans une impasse qu’il aura énormément de peine à franchir, car

  1. le problème communautaire à base linguistique est devenu obsolète,  comme le fut la guerre scolaire après 50 ans de discordes
  2. la sécession  de la Flandre et la mise en œuvre d’un plan B francophone sont des projets qui relèvent de la fiction

                    *  la Flandre ne voudra jamais abandonner Bruxelles, tandis que les communes à facilités n’accepteront  jamais « le joug » de la Région Flamande, quoique le terme « jamais » ne soit pas intangible en science politique !

                    *  une fédération Bruxelles-Wallonie qui survivrait en tant que Royaume de Belgique n’est pas un concept réaliste,  vu que la Région de Bruxelles est enclavée dans la Région  flamande.

     3.les objectifs recherchés de part et d’autres sont diamétralement opposés : la NVA  -  mais aussi dans une certaine mesure les autres partis flamands  -   cherche à  minimiser les compétences du fédéral,   tandis que les partis francophones tiennent au pouvoir fédéral fort.

     4.  comme le démontrera l’examen approfondi des tenants et aboutissants de la loi de financement, le fossé entre une Flandre aux finances équilibrées d’une part et les deux autres Régions aux finances plombées par des déficits apparemment irréversibles ne fera que grandir, si l’on ne prend pas des mesures profondes de restructuration tant à Bruxelles qu’en Wallonie, ce qui est loin d’être acquis. 

Certes, un compromis sera finalement négocié, mais selon quelles conditions ?  Sans doute, un compromis boiteux, comme tous ceux qui ont été obtenus durant les dernières décennies.

Or, la condition première d’un accord de gouvernement durable présuppose un règlement du problème communautaire linguistique.  Le Prof. Marc Devos, directeur de l’Institut Itinera, le Think Tank belge le plus respecté, ne cesse de le répéter.  Est-ce envisageable ?  Oui, dans la mesure où le monde politique est disposé à réduire ses prétentions linguistiques,  en tenant compte des impératifs économiques futurs de leurs Régions.  Du reste, la physionomie linguistique du pays va fortement évoluer durant les prochaines années.

  1. l’hémogénie de la langue française dans la Région Bruxelles-Capitale (RBC) et dans la périphérie ne cessera de reculer face à la progression de l’anglais.  D’ici 2050, l’on peut s’attendre à ce qui la langue de Shakespeare fasse  jeu égal avec celle de Voltaire.
  2. la population bruxelloise d’origine flamande (+/- 10 % de la population) et celle des communes  de la périphérie perdront de plus en plus leur identité flamande ou francophone au profit du comportement de parfait bilingue, voire trilingue.

Au lieu de s’acharner à sauvegarder le caractère flamand ou français d’une fraction de la population dans l’agglomération bruxelloise et dans des communes où résident et résideront sans cesse davantage des familles dont les langues véhiculaires sont l’anglais et l’allemand, pourquoi ne pas transformer le statut linguistique de la Région Bruxelles-Capitale, celui des communes à facilités et celui de quelques communes périphériques flamandes et françaises en une grande région quadrilingue,  confirmant ainsi  la vocation de Bruxelles  en tant que capitale de l’U.E. ?

Certes, il faudra donner du temps au temps, mais chaque communauté linguistique devra faire des concessions :

  1. la « frontière linguistique »  ne doit plus être un tabou.  La Belgique est le seul pays au monde  qui a conçu ce type de frontière !
  2. la Région Bruxelles-Capitale élargie  adopterait,  dans un premier temps, un statut intégralement bilingue avec la suppression des deux Communautés et dotée d’un enseignement bilingue généralisé.
  3. l’unique parlement bruxellois comporterait 30 % de députés du rôle linguistique néerlandophone au lieu de 20 %.  Il pourrait compter 100 membres au lieu de 89.
  4. le ministre-président de la Région serait alternativement du rôle francophone et de rôle néerlandophone
  5. des « facilités » en langues anglaise et allemande seraient octroyées dans toutes les communes de la Région.   Toute personne étrangère pourrait s’adresser dès lors dans l’une des 4 langues utilisées lors de la délivrance de la carte d’identité,   tandis que tout formulaire officiel serait  communiqué automatiquement dans cette langue à chaque postulant.

D’ici deux générations cependant, le quadrilinguisme de la Région serait  officialisé (promulgué) et les deux rôles linguistiques actuels abolis.  Les partis politiques de la Région  deviendraient multilingues.

En contrepartie des  « sacrifices »  consentis par chacune des Régions,   quels avantages peut-on escompter pour le pays, toutes régions confondues, compte tenu du caractère quadrilingue de la R.B.C.. et de la pacification des esprits, puisque 80 % des litiges linguistiques seraient résolus ipso facto à la faveur du changement du statut linguistique dans la région bruxelloise ?

  1. un rebond économique et financier sans précédent pour la Région de Bruxelles élargie,  avec un accroissement du PIB de l’ordre de 20 % à 30 % en l’espace de 5 à 10 ans ou, en d’autres termes, une croissance économique deux fois plus importante que celle estimée sans les restructurations précitées.
  2. des retombées considérables pour les deux autres Régions, notamment dans le trapèze Gand, Anvers, Liège, Charleroi  au sein duquel réside 80 % de la population belge.
  3. une réduction significative de la pression fiscale (+/- 30 % de l’IPP par exemple),   si l’on veille en même temps  à assainir les finances publiques fédérales (un « trou »  de quelque 22 à 25 milliards d’euros et une dette publique de 360 milliards d’euros)
  4. l’établissement progressif (5 à 10 ans) d’une véritable autonomie de gestion dans toutes les Régions,  mettant un terme à la frustration actuelle d’une Flandre finançant les bévues commises depuis de trop nombreuses années par la Wallonie et dans une moindre mesure par Bruxelles, ce qui rencontrera les revendications principales des nationalistes flamands.

Pour de nombreux observateurs politiques, cette projection peut paraître utopique, car le « Changement  brossé ci-avant postule le reniement des principales revendications de la part des partis en présence :

  • la prédominance du français à Bruxelles et dans la périphérie
  • l’intangibilité de la « frontière linguistique » autour de l’agglomération bruxelloise.
Il faudra  choisir : s’entêter à défendre des tabous obsolètes, selon nous, et risquer de voir notre pays, toutes Régions confondues, s’enfoncer dans la morosité économique et sociale durant au moins une génération ou opter courageusement pour la mise en valeur de notre atout-maître,  Bruxelles,  capitale de l’UE à laquelle les autres Régions ne seront pas étrangères.  Implorons le bon sens belge pour que le choix des partis politiques se porte sur ce dernier cas de figure !

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